Bigre, ce n'était pas un temps à mettre un serveur en production.
Pourtant, il me fallait sortir. J'étais attendu, et même très attendu.

C'était il y a deux jours. Un homme frappa à ma porte en quête d'un indépendant. Ça tombait bien, c'était mon activité actuelle. Malheureusement, il fût très laconique. Moi qui aime bien cuisiner mes clients, j'en ai pris pour mon grade. Mais l'avance confortable et surtout la clause de confidentialité qu'il me présenta et me demanda d'accepter me décidèrent. J'ai pour habitude d'être très méfiant quant aux boulots que j'accepte. Mais là, j'avais vraiment besoin d'argent. Et il y avait un relent de mystère qui piqua ma curiosité au vif bien plus que n'importe quelle infirmière lors d'un don du sang.

Bien, maintenant que je m'étais enfin décidé à mettre le nez dehors, il me fallait rejoindre le siège de la société Virtec. Mes finances ne me permettant plus de disposer d'un véhicule personnel, je dus me résoudre à prendre le trolley, direction le centre-ville.
Chose étrange et qui rendit hilare la plupart des passagers du trolley, nous croisâmes un fermier sur sa charrette pleine de denrées. Là, en pleine ville, à une époque qui nous a habitués à tant de modernité. Ma foi, je le notais dans un recoin de ma tête, ça ferait bien rire les quelques copains qui me reste. Malgré mes aussi soudaines que dramatiques, récentes mésaventures...

Enfin, nous y voilà. Quartier d'affaires, récent, chic. Cela confirmait ma première impression et mes petites recherches préliminaires. Toujours faire confiance à la première impression ET ne jamais bacler les préliminaires. Bref, cette société respirait la sympathique cotation en bourse. Mais quels problèmes pouvaient-ils avoir pour faire appel à un indépendant. Ils ne devaient pas manquer de ressources humaines et de spécialistes. La seule idée qui me venait, était que le problème à régler était sensible et devait rester inconnu des employés voire des actionnaires. M'ouais, un privé pour faire le sale boulot et puis motus et bouche cousue...

Le hall, immense...le guichet d'accueil, grand...l'hôtesse, belle !
Groumf, oublions les préliminaires et concentrons-nous sur la première impression.

"Bonjour, je m'appelle Simon Turin. J'ai rendez-vous avec monsieur Meredith."
"Bonjour monsieur, je vous demanderais de patienter quelques instants..."

Je me retournais légèrement et partis m'assoir dans le fauteuil qu'une charmante main me désignait. Charmante main qui décrocha un téléphone et qui quelques instants plus tard me fit signe de revenir.

"Je suis désolée monsieur, mais monsieur Meredith est très pris et ne reçoit pas. Pourquoi êtes-vous là ?"
"Et bien, je suis embauché pour une mission temporaire. Je viens donc pour travailler"

L'air légèrement surpris de la demoiselle ne m'étonna pas. Elle repris son téléphone.

"Monsieur, monsieur Turin me précise que vous l'avez embauché...Bien...Ce sera fait...Au revoir, monsieur."

Clac, le téléphone sur le combiné...Swip, le sourire poli qui se dessine sur les lèvres.

"Bien, un des assistants de monsieur Meredith vous recevra. Vous êtes attendu au troisième sous-sol. Une fois que vous y serez, suivez les indications qui vous mèneront jusqu'à la salle de débriefing numéro trois. Bonne journée monsieur !"
"Bonne journée à vous !"

Mais j'ai eu un énorme doute sur le fait que "bonne" allait s'appliquer à cette journée. Surtout si elle doit commencer au troisième sous-sol.
Au moins, les indications étaient claires. La salle de débriefing était grande. Mais je ne sus dire qui était l'assistant qui devait me recevoir. La salle était certes grande mais remplie de gens. Ou plutôt si, je sus très vite qui était qui. Au fond de la salle, près d'un pupitre, le costard-cravate devait être le représentant de mon nouveau patron. Et les autres, ils me ressemblaient, pour la plupart : vieux complet usé, cheveux grisonnants mais le regard vif de ceux qui ont vécu plusieurs vies... D'autres étaient plus jeunes... Et tout ce petit monde parlait, excepté l'assistant.
A dix heures tapantes, l'assistant se dirigea vers la porte pour la fermer. Et repris sa place au pupitre. Le silence se fit car tout le monde se doutait que l'on allait enfin savoir le contenu de notre mission.
Pour ma part, je ne savais plus quoi penser. Mes idées étaient largement confuses et je tentais de rassembler tout ça lorsqu'une voix s'exprima :

"Messieurs...euh...mesdames, il y en a parmi nous, bonjour !
Je représente la société Virtec et monsieur Meredith qui maintenant vous emploient.
Je n'irai pas par quatre chemins, notre société a de TRÈS gros problèmes avec son système d'information. L'ensemble de nos employés ne suffisant pas, nous faisons appel à vous pour leur venir en aide. Mais comme nos données ainsi que notre système sont confidentiels, vous n'aurez accès qu'à des bribes d'information. De même, vous travaillerez chapeautés par nos spécialistes.
Mesdames, messieurs, vous trouverez sur cette table vos dossiers et vos affectations ainsi que vos badges d'accès. Bonne chance !"

Ainsi donc, ma réputation ne m'avait pas précédé, tant mieux. Je n'avais pas été embauché pour mes compétences et mon sens de l'analyse. J'étais là pour être une petite main... C'est pire que ce que je craignais !
Heureusement que l'odeur de mystère qui me pique les narines depuis que j'ai posé les pieds au troisième sous-sol se fait plus insistante. Comme, et étrangement personne ne sembla le remarquer, le fait que l'assistant avait un gros nez rouge de clown. Ça occupera mon esprit, non ?


Merci Nol pour la relecture !

A suivre...

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